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"Malgré nous, nous transportons le Québec sur nos épaules" Ecrivain et scénariste, Monique Proulx est connue en France pour ses Aurores montréales, nouvelles où elle exprime ses sentiments face à une nouvelle ville. Ce samedi matin, ensoleillé mais frais, Monique et moi-même nous sommes installées à la terrasse d'un café pour parler. Monique est une femme solaire - physiquement et mentalement. Ses cheveux blonds ébouriffés et ses extraordinaires yeux verts accompagnent un sourire éclatant qui peut devenir ironique. Son enthousiasme, sa passion sont communicatifs : une conversation avec Monique Proulx est le meilleur des stimulants.
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Monique Proulx, |
Avez-vous vécu votre passage de Québec à Montréal comme un déracinement ou un exil ? Pour moi, passer de Québec à Montréal, ça été comme rejoindre le coeur névralgique du Québec, la métropole, là où tout se passe. En même temps, c'est une ville toute petite où l'on se sent bien ; c'est comme un cocon. Et puis, c'est aussi une ville ouverte à l'extérieur.
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Qu'y a-t-il à voir à Montréal ? Rien. C'est une ville où l'on a commis des horreurs arhitecturales. A Montréal, il faut rencontrer des gens. Ce qu'il y a à voir, c'est les Montréalais. Et vous, comment vous sentez-vous ? Canadienne, nord-américaine, québecoise ? Le Québec est toujours présent. Montréal est une île. L'océan nous rappelle l'immensité du continent et, en même temps, notre isolement. Cet environnement nous a fait développer notre instinct de survie, ce qui apparaît dans notre écriture. On se considère aussi comme une sorte de famille, de fratrie. Malgré nous, on transporte le Québec sur nos épaules. Parfois, j'en ai marre, je voudrais être seule mais c'est pas possible... Mais je suis aussi une Nord-américaine francophone. On se sent comme faisant partie de l'Amérique du Nord, mais on n'est pas Américains... C'est pas nous... Il y a des convergences et des divergences entre le Québec et la France, le Québec et l'Amérique, le Québec et le Canada anglophone. De quoi voulez-vous qu'on parle ? |
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Convergences et divergences, oui. Mais ne croyez-vous que le Québec pourrait être un lien, une passerelle avec ces trois pays ? Et qui emprunterait votre passerelle ? En fait, nous sommes les seuls à pouvoir la prendre. Nous sommes une sorte de point de jonction entre tous. Parce que notre point de jonction fait partie de notre génétique, de notre passé, de notre futur. C'est intimement lié à notre passé : origine française, promiscuité anglophone, culture américaine, développement d'une réalité très pointue et très actuelle au Québec même. C'est une situation privilégiée, même si elle est très inconfortable. |
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Et Monique lectrice ? Lisez-vous en français ou en anglais ? Et que lisez-vous ? Je lis en français et en anglais. J'aime lire les anglo-saxons dans leur langue. J'aime Russell Banks et les auteurs américains contemporains. Je lis aussi Montaigne : j'essaie de devenir comme lui une "honnête homme" (rires). Mais je lis de moins en moins car, quand j'écris, je préfère m'intéresser aux vrais gens plutôt qu'aux auteurs. J'aime les observer, puis je les laisse fermenter : c'est un condensé humain. |
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Principales oeuvres de Monique Proulx
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