Synopsis

Juillet, août... Ca y est, l'été est là... Cette année, orages et nuages sont au rendez-vous... "O rage, ô désespoir...", comme disait l'autre.
Alors pourquoi ne pas aller voir ce qui se passe sous d'autres cieux, comme ceux de Vienne ? Choucas nous en parle.

Festival de Jazz à Vienne
Juillet 1999
par Choucas

VOYAGE AUTOUR DU MONDE DU JAZZ

Sur l'autoroute des vacances, vous avez sûrement remarqué un jour une petite ville au sud de Lyon, bâtie sur sept collines bordant les rives du Rhône qui, au détour d'un méandre, poursuit sa marche paisible vers le soleil. Son nom vous a sans doute fait ralentir de quelques km/h : Vienne ! Tiens, aurait-on poussé tant à l'est qu'on se retrouve par erreur en Autriche ?!

Mais en regardant par delà la glissière de sécurité, on aperçoit le Théâtre Antique qui domine la ville couverte de toits rouges, annonçant le Sud. Climat sentant la Méditerranée, un fleuve, sept collines, un Théâtre de pierres … tout rappelle plutôt la capitale italienne. Ce n'est pas sans raison que les habitants du Nord Isère aiment appeler Vienne la "Petite Rome". Un petit Romulus semble avoir voulu y édifier sur ce site une réplique de la plus grande cité de l'univers qui jadis assit le monde à ses pieds. Rien ne manque à cette "maquette" : le théâtre, un temple, des villas, le Forum …

Mais l'Empire s'est effondré et depuis près de 2000 ans, les riches villas se sont transformées en ruines et le Forum en jardin public. Allait-on laisser le temps effacer les traces de ce glorieux passé de Vienne, fleuron de Rome au cœur de la Gaule ? Et bien non ! Toute une équipe, autour de Jean-Paul Boutellier, s'acharne depuis bientôt vingt ans à faire vibrer le Théâtre Antique de Vienne autour d'une musique qui fait danser, rire et chanter une immense partie de l'humanité. En effet, ce dernier est le fondateur d'un des plus importants festivals de jazz en Europe. Grâce à lui et à tous ses collaborateurs, les rythmes du blues ont remplacé celui des armes factices d'acteurs jouant les tragédies d'Œdipe, les voix des plus belles chanteuses d'Outre-Atlantique, couvrent celles de crieurs publics et le son envoûtant du saxophone souffle celui cristallin des lyres antiques.

Cette année, un heureux concours de circonstances m'a permis de vivre le festival de Jazz à Vienne avec une grande intensité. Et les dieux du Panthéon savent à quel point il est intense ce festival : quel lieu plus magique peut-on trouver pour se laisser porter par cette musique si fédératrice ? Une foule de plus de 7000 personnes de tous les âges, de toutes les origines sociales et nationales se rassemblent tous les soirs sur les gradins du Théâtre Antique pour célébrer le jazz quinze jours durant. Un édifiant demi-cercle humain, toujours prêt à applaudir et à battre la mesure, s'agite en totale harmonie avec la musique et les artistes. Une acoustique sensationnelle crée une intimité inégalable entre le public et les musiciens. Ils sont peut-être fous ces Romains, mais ils sont très forts !

Dés le premier soir du festival, j'ai été saisi par l'ambiance extraordinaire qui anime ce public. Quelle joie pour Sonny Rollins, un des plus grands virtuoses saxophonistes du siècle, de voir à quel point toutes ces personnes savent apprécier sa musique tout en manifestant leur enthousiasme sans limite. Mais comment résister à cet homme de 70 ans plein de vitalité ? Le rythme distillé par son saxo ne peut que nous entraîner dans un tourbillon de bonheur.

Le lendemain, Salif Keita, le chanteur malien, me fait faire un voyage extraordinaire entre les dunes de sables et les baobabs. La plus belle voie d'Afrique Noire se donne en spectacle pour transporter le public rhodanien au cœur de Sahel.

Le jeudi 1er juillet, c'est la "Nuit du Blues" au Théâtre Antique de Vienne. Clarence Gatemouth Brown nous emmène aux pays des cow-boys, aux frontières du blues et de la country à bord de sa guitare qui renferme tout son univers de western.

Le lendemain, on descend plus au sud, au Brésil, avec Carlinhos Brown et ses rythmes métissés, venus du plus profond de ce pays où toutes les couleurs du monde se sont mises à faire la fête. Quelle fraîcheur dans cette musique ! Quelle joie de vivre est transmise par ses musiciens et ses danseuses vêtues à la brésilienne … c'est à dire très peu !

Dimanche, c'est Liz Mc Comb et ses sœurs qui mettent littéralement le feu au Théâtre. Cette chanteuse de gospel à la voix inimitable n'a pas son pareil pour animer l'assistance. Une formidable énergie dans la musique ! Mais comment fait-elle pour tenir un rythme aussi effréné durant deux heures à danser sur scène, à chanter, à réaliser des improvisations sensationnelles au piano ? Peut-on résister à son message d'amour et de paix ? Tout en jouant sur son clavier; elle parle au public comme à son fils, rappelant à l'humanité que le salut ne peut venir que de l'amour : le conflit tout frais du Kosovo l'a marquée, elle nous le dit à plusieurs reprises sur scène. Mais à chaque fois la joie reprend le dessus et au rythme du gospel, le public se balance en cœur et frappe des mains jusqu'au bout de la nuit. Si j'avais eu un curé comme elle dans mon village de l'Ain, je croirais sûrement en Dieu aujourd'hui !

Mercredi 7 juillet, poursuite de notre tour du monde avec une escale en Inde que nous offre John Mc Laughlin le guitariste et les percussionnistes du groupe Shakti. Merveilleux mélange des sonorités orientales et occidentales. Musique pour mélomane averti qui sait également séduire le néophyte par la perfection de l'harmonie des sons.

Enfin, le dimanche 11 juillet, le voyage se termine pour moi, à New York, dans le quartier de Harlem où Duke Ellington a puisé son inspiration pour produire un jazz enivrant, propice à la fête. Le Smithsonian Jazz Mastermorks Orchestra nous fait revivre l'époque "Cotton club" qui fut le moment le plus joyeux de la carrière du grand Duke. Les danseurs de claquettes qui se sont produit sur scènes devant l'orchestre ont permis à tout le public du Théâtre Antique de se replonger dans cette ambiance festive du Harlem des années 20.

Voici mes impressions sur quelques concerts auxquels j'ai pu assister au cours de cette quinzaine du festival de Jazz à Vienne. Il y a eu bien d'autres artistes que je n'ai hélas pas pu écouter. Mais avec ce que j'ai vu et entendu, j'ai pu découvrir le jazz que je ne connais guère. Je croyais trouver une musique de spécialistes, j'ai fais parti d'un public on ne peut plus éclectique ; j'imaginais un art académique, j'ai entendu une musique puisant sa source aux quatre coins du monde et de l'histoire. Le jazz n'est pas seulement une musique, c'est tout un univers ! Jazz à Vienne n'est pas uniquement un festival, c'est un voyage dans l'espace et le temps.

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