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"Je suis une Nord-Américaine qui parle français"

Elise Turcotte, 41 ans, poète et romancière du Québec, est une de ces jeunes femmes discrètes dont la force s'exprime dans ses romans. La puissance de son écriture est à l'image de ce continent qu'elle revendique comme sien, l'Amérique du Nord...

Une de ces rencontres importantes avec une femme et une oeuvre que l'on doit au Salon du Livre 1999 dont l'invité d'honneur était le Québec et que Synopsis prolonge à travers le portrait d'Elise et d'autres personnalités.

Elise Turcotte,
tout sourire
!

Elise Turcotte a fait ses études au Québec où elle obtient son doctorat en création littéraire.

Elle enseigne maintenant au Cegep, qui est une période de formation de deux ans entre la fin des études secondaires et l'université.

Elise vient d'obtenir une bourse qui lui permet de se consacrer à l'écriture pendant un an.

Elise, comment percevez-vous la France et votre relation à la langue française ?

Il y a certainement un lien particulier mais je ne le vois pas. Je me sens appartenir à l'Amérique. Je suis une Nord-Américaine qui parle français.

En littérature, la référence reste française bien que les écrivains canadiens cherchent à rompre ce lien. D'ailleurs, moi, je lis (en français car je suis un peu paresseuse) des écrivains irlandais, américains ou d'autres pays européens, comme la Suède.

Comment vous inscrivez-vous et inscrivez-vous vos romans dans l'espace américain ?

La force du territoire américain donne de la force à mon écriture. Elle lui donne sa spécificité et sa modernité. Le français canadien est sans doute la langue de la liberté.

Voyez Réjean Ducharme, Jack Kerouac : chacun dans sa langue réinvente la liberté, ce qui fait que leurs oeuvres passent mal en traduction.

Vous dites être très sensible à la sonorité de la langue : est-ce parce que vous avez commencé votre carrière en tant que poète ?

Très certainement. J'écris à haute voix pour percevoir le rythme. Il doit y avoir une adéquation sonore entre ce que l'on veut dire et la phrase.

Je veux donner le sentiment d'une présence vivante. Cette impression passe par la sonorité. Vous savez, l'écriture est quelque chose de concret : c'est une matière que l'on travaille.

Un écrivain, ça n'a pas d'idées (elle éclate de rire devant mon air ahuri). Je veux dire que je réfléchis à ce que j'écris mais je ne défends pas d'idées. Tout est dans la sensation, la suggestion...

 

Merci, Elise, pour cette heure passée à vous écouter parler de votre vocation d'écrivain. En vous écoutant, en vous regardant, j'ai découvert une femme attachante, dérangeante mais combien vivante et séduisante... à l'image du Canada !

Elise Turcotte, une écriture totalement nord-américaine pour une réflexion universelle...

 

Principales oeuvres d'Elise Turcotte

La Mer à boire, poèmes, éd. de la Lune occidentale, 1980
Le bruit des choses vivantes, roman, Leméac, 1991
Caravane, Leméac, 1994
Les cahiers d'Annette
L'Ile de la Merci, Leméac, 1997


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