Les stratégies d’apprentissage d’une langue seconde en bas âge

Les stratégies d’apprentissage d’une langue seconde en bas âge

La petite enfance est un terrain fertile pour l’apprentissage d’une seconde langue. La plasticité du cerveau à cet âge facilite les processus d’apprentissage mais cela n’est pas sans conséquences au niveau du comportement qui peuvent parfois susciter des questionnements et même des inquiétudes.

Il est normal pour l’enfant d’avoir une période de silence au début de l’apprentissage d’une seconde langue.

À ce stade, l’enfant peut réaliser que sa langue maternelle ne fonctionne pas au milieu de garde pour se faire comprendre, donc il arrête de parler. Plus l’enfant est jeune, plus la période de silence est longue. Pendant cette phase, développer le lien avec l’enfant est une stratégie primordiale afin qu’il se sente assez confiant pour parler la langue du milieu. Après la phase de silence, l’enfant s’exprimera par gestes et par mots isolés et ensuite par des phrases qui peuvent être grammaticalement incorrectes.

Dans les 6 premiers mois, l’enfant devrait comprendre les consignes de bases liées à la routine (s’assoir, prendre le rang) puisqu’il apprend en imitant les autres.
Après 1 an, s’il va à la garderie à temps plein, l’enfant de 3-4 ans devrait faire des petites phrases.
Après 1 à 3 ans d’exposition à la langue seconde, il est attendu qu’il parle comme un enfant de son âge.

LA LANGUE MATERNELLE, BASE DE L’IDENTITÉ

Certains comportements liés à l’apprentissage d’une seconde langue (erreurs grammaticales importantes, période de silence, refus de parler la langue maternelle en milieu de garde, confusion entre les deux langues) peuvent parfois susciter des questionnements et des doutes au niveau du développement langagier. Afin de déterminer s’il est justifiable de penser que l’enfant pourrait avoir un retard de langage, il faut d’abord voir avec les parents où l’enfant se situe dans l’apprentissage de la langue maternelle. Lorsqu’il a un développement normal dans sa langue maternelle, il n’y a pas lieu de s’inquiéter d’un retard de langage. Contrairement à certaines croyances populaires, quelque soit le niveau de développement du langage de l’enfant, les parents sont encouragés à continuer de parler la langue maternelle avec leur enfant. Cette dernière sert de fondation à l’apprentissage d’une seconde langue.

La langue maternelle est la langue de coeur et fait partie de l’identité de l’enfant. Il est capital d’en maintenir l’usage. Plus l’enfant maitrise sa langue maternelle, plus il sera facile pour lui d’en greffer une seconde.

DÉVELOPPEMENT DU LANGAGE EN CONTEXTE DE BILINGUISME

L’enfant qui apprend deux langues devrait avoir le même nombre de mots de vocabulaire qu’un enfant qui apprend une seule langue, toutefois, le nombre de mots sera divisé en 2 langues.

  • 18 mois : 50 mots
  • 24 mois : 200 mots
  • 3 ans : 300 mots
  • 4 ans : 1500 mots

En contexte d’exposition à plus d’une langue, il est recommandé de faire une évaluation en orthophonie si :

  • l’enfant parle très peu, ou pas du tout, après plusieurs mois à temps plein à la garderie ( + de 6 mois)
  • il est incapable de se faire comprendre après 2 ans d’exposition à la langue
  • les parents sont inquiets concernant l’apprentissage de la langue maternelle
  • l’enfant démontre de faibles habiletés d’interaction sociale et de langage non-verbal (écholalie, contact visuel absent, peu de jeu symbolique, etc.)

FAVORISER L’APPRENTISSAGE D’UNE LANGUE SECONDE

  • Illustrer la routine de la journée avec des pictogrammes et amener les enfants à avancer, par exemple, une flèche pour chaque étape de la routine.
  • Utiliser des pictogrammes accompagnés du mot verbalement. L’enfant a besoin de répétitions pour intégrer un mot.
  • Choisir une thématique par semaine et cibler quelques mots de vocabulaire à pratiquer.

Si nous parlons la langue maternelle de l’enfant, nous pouvons…

  • Dire le mot  d’abord dans sa langue, puis en français ( ou la langue principale de la garderie) et encore dans sa langue afin qu’il associe le mot dans les deux langues.
  • Répéter en français ( ou la langue principale de la garderie) ce que l’enfant dit dans sa langue maternelle
  • Lui apprendre les mots similaires dans les deux langues en premier afin d’augmenter sa confiance ( ex: « paper » et « papier »).
  • Utiliser des gestes associés à ce qu’on dit
  • Le féliciter énormément chaque fois qu’il essaie par lui-même de dire le mot en français!

 FAVORISER L’APPRENTISSAGE DU LANGAGE CHEZ TOUS LES ENFANTS

Plusieurs moyens au quotidien sont à la disposition de l’éducatrice pour stimuler le langage chez tous les enfants à travers le jeu et le plaisir:

  • Pratiquer le tour de rôle afin que l’enfant développe de l’intérêt pour la communication.
  • Favoriser l’utilisation des livres et des pictogrammes pour enrichir le vocabulaire
  • Faire des jeux d’imitation et des comptines gestuelles
  • Intégrer un moment de causerie à la routine. Elle contribue à renforcer les bases de la communication.
  • Offrir des choix à l’enfant pour l’encourager à parler et éviter qu’il réponde seulement par oui ou non ( ex: Veux-tu le camion ou la poupée?)
  • Inciter l’enfant à faire des demandes verbales pour obtenir ce qu’il veut ( par exemple, placer les jouets d’intérêt hors de sa portée)

Enfant → je veux camion youge

Parent → Ah oui! Tu veux le camion rrrrouge

… l’adulte est le perroquet, l’enfant n’est pas obligé de répéter

Au delà des stratégies de stimulation, l’attitude de l’éducatrice occupe aussi un grand rôle dans le développement du langage et de simples ajustements peuvent favoriser un climat où la communication et le langage seront des activités agréables et stimulantes pour l’enfant.

  • Se mettre à la hauteur de l’enfant ( par respect et aussi afin qu’il puisse bien repérer les mouvements des lèvres et établir le contact visuel)
  • Respecter le rythme de l’enfant et accueillir ses erreurs en le reprenant doucement (elles font parti du processus d’apprentissage)
    • Eviter de répondre immédiatement à sa demande lorsqu’il n’utilise pas des mots (3-4 ans).
    • Lui permettre de faire des demandes à un mot (veux, donne) au début puis augmenter graduellement le nombre de mots (veux lait, donne jeu).
    • Si l’enfant ne prononce pas adéquatement le mot, il est aidant de répéter le mot en offrant le bon modèle. Il est possible d’accentuer le son mal prononcé.
  • Parler plus lentement à l’enfant qui est en apprentissage de la langue
  • Féliciter l’enfant pour ses efforts afin qu’il associe la communication à une activité agréable
  • Avoir une posture d’observation et de vigilance ( par exemple, si l’enfant ne se retourne pas à son nom ou ne semble pas réagir aux bruits inhabituels dans le local, il serait justifiable de proposer une évaluation en audiologie au parent).

Si le développement du langage et les stratégies pour soutenir la communication vous intéressent, notre équipe vous invite à vous référer aux multiples outils que nos orthophonistes peuvent vous partager ( signaux d’alarme, capsules, formation, coaching, consultation, conférence, évaluation et thérapie)!

N’hésitez pas à nous contacter pour plus de renseignements ☺

Joliane Tremblay-Powell, psychoéducatrice

Déclic

Ce document a été révisé par Marie-Claude Giroux et Shiri Singer, orthophonistes

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

CSSMI (Paquin, S.) L’apprentissage d’une langue seconde. Document téléaccessible.

Dubé, M. Le développement du langage chez l’enfant de 1 à 4 ans. Document téléaccessible.

Équipe Déclic (Giroux, M-C.), 2015. Signaux d’alarme en orthophonie; 2-5 ans. Document téléaccessible.

Équipe Naître et grandir. (2014). L’apprentissage de plusieurs langues. Document téléaccessible.

Halgunseth, L. (2010). How children learn a second language. Diversity in Education. document téléaccessible

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